dimanche 26 février 2012

Perricard, du château aux coteaux...





        Lorsqu'on quitte vers le Sud la vallée du Lot et ses terrasses alluviales, on arrive très vite dans les "collines" de Montayral, qui sont l'extrémité Ouest des Causses du Quercy : plateau calcaire entrecoupé de vallons secs aux versants parfois agrémentés de sources.
         
       C'est dans ce cadre qu'est situé Perricard, ancienne paroisse aujourd'hui intégrée à la commune de Montayral, et dont on remarque dès l'abord le château  qui domine les fermes voisines .   


Château de Perricard en octobre


         A partir d'une tour carrée ( reste d'un ancien manoir ? ), le château a été bâti au 16ème siècle autour d'une cour fermée, et un de ses caractères distinctifs est l'abondance des éléments de construction de style Renaissance.
          Il est inscrit à l'inventaire des Monuments historiques depuis 1927.
                                                    

                                     Château de Perricard : fenêtres de la façade Sud                           


         Portes et fenêtres sont pourvues d'une ornementation très riche, contrastant avec l'appareil assez rustique des murs. On remarque, sur les deux ouvertures  présentées ci-dessus : les roses sculptées de la fenêtre de droite, typiques de l'école " cadurcienne ", et les fines moulures de celle de gauche ; ainsi que les reliefs très marqués de la partie supérieure des encadrements, qui se terminent à mi-hauteur par des  "culs de lampe " ouvragés . Dans le Fumélois, on retrouve des fenêtres analogues sur la façade Renaissance du Prieuré de Monsempron.
          Pour plus de détails sur le château, on peut, en particulier, consulter ( et télécharger ) sur le site Gallica de la BnF : " Le château de Perricard en Agenais " , article de G.Tholin et Ph.Lauzun paru en 1898 dans la Revue de l'Agenais.



Perricard en avril


           Bien que son origine remonte au XIIème siècle, l'église Saint-Martincoeur de l'ancien village, n'est pas classée monument historique . Elle a fait en effet l'objet de nombreuses transformations au fil des siècles : reconstruction au XVIIème ( clocher et ouvertures ), transformation de la voûte et construction de deux chapelles latérales au XIXème, adjonction d'un porche d'entrée au XXème . Le XXIème siècle lui-même y a ajouté une petite touche"urbanistique" ( lampadaire rouge à gauche sur la photo ).  


 Eglise Saint-Martin


          La richesse patrimoniale de l'église réside surtout dans sa décoration intérieure : de beaux vitraux restaurés tout récemment, une Vierge à l'enfant en bois sculpté recouvert d'une feuille d'or ( datée de la fin du XVIIIème siècle, et classée en 1964 ), et surtout une Vierge de pitié ( Pietà )  du XVIème siècle, de facture assez primitive, logée dans une petite niche tout en haut de la nef ( inscrite à l'inventaire en 1974 ).


Vierge de pitié ( XVIème siècle )



  Promenade-découverte
à Perricard

        Cette partie du territoire communal de Montayral est traversée par deux sentiers balisés de petite  randonnée ( en jaune sur la carte ) qui prennent leur départ près de l'Observatoire astronomique, ou sur l'aire de repos de Bourlens. Leurs circuits complets sont téléchargeables sur le site de l'Office de Tourisme " Fumel-Vallée du Lot "  .
         Les chemins ruraux du secteur ( en vert ) reliaient souvent les fermes des collines à la vallée du Dor ; lorsqu'ils n'ont pas été transformés en sentiers de randonnée, ils sont souvent impraticables ( pointillé vert ).
          La promenade figurée  en rouge sur la carte a son point de départ au parking de l'église, et y revient après environ 5 km. Elle n'est bien sûr pas balisée ( se munir de la carte IGN 1939 E ).   
         


Cliquer pour agrandir la carte
          A remarquer : 

          Les pentes abruptes dominant le Dor et la combe de Bazérac étaient, jusqu'au XIXème siècle, couvertes de vignes.  Témoins de cet ancien vignoble, deux gariottes ( sans doute les seules sur la commune de Montayral ) subsistent encore au lieu-dit " Camp d'Arquié ".
        


Gariotte au Camp d'Arquié

                                                                 

       Les coteaux qui longent la vallée sèche de Bazérac appartiennent au périmètre Natura 2000  "Coteaux de Thézac et Montayral" ; ils abritent un certain nombre d'espèces subméditerranéennes en limite Nord de répartition ; entre autres, la Catananche bleue ( Catananche caerulea ), astéracée facilement identifiable à la couleur argentée de ses bractées, et l'Ophrys jaune ( Ophrys lutea ) petite orchidée précoce, que sa couleur distingue de ses soeurs plus tardives.
      Ces deux espèces sont protégées dans le Lot-et-Garonne ( arrêté ministériel du 8 mars 2002 ).





           On remarquera aussi deux arbres qui peuvent être qualifiés de " remarquables " :
           - Le vieux chêne de Layrolle, déjà photographié par J. Loméro il y a 30 ans dans son beau livre " Montayral " ( 1981 ), existe toujours, quoiqu'un peu malade, sur le talus en face du hameau.
           -  Un alisier torminal ( Sorbus torminalis ), situé au sommet de la colline, au Sud du château, possède un tronc atteignant les 2 mètres de tour, ce qui est assez exceptionnel pour cette espèce.  



Alisier de Perricard





Combe de Bazérac





                                              















































mardi 14 février 2012

A Lastreilles, sous la protection de Saint-Romain...

    


       La route départementale D440 qui vient de Fumel et descend vers Sauveterre traverse, avant d'arriver dans la vallée de la Lémance, un gros hameau niché au creux d'un vallon . Nous sommes à Lastreilles, ancienne paroisse rattachée à la commune de Saint-Front sur Lémance, et autrefois village actif. Eglise, château, école ... structuraient ici la vie rurale et la rendaient autonome par rapport au bourg voisin.
     


Ferme à l'entrée de Lastreilles


  Le vieux village garde quelques maisons remarquables, comme ce manoir du 16ème siècle devenu bâtiment d'exploitation.. 

                                   Maison Renaissance                                     

      Quant à l'église, elle est située, comme à Cuzorn ou Blanquefort, sur une hauteur, à près d'un kilomètre du hameau .
      Eglise romane dédiée à Saint-Romain et dont la construction primitive date du 11ème siècle, elle a été remaniée au 16ème siècle ( adjonction d'une chapelle ) puis au 19ème  ( construction d'un clocher d'une étonnante banalité ) et même au 20ème ( bâtiment des années 60 accolé à l'abside romane ! ) . Difficile de retrouver l'église originelle dans cet ensemble pour le moins disparate...


Façade de l'église

      Etant inscrite à l'inventaire supplémentaire des monuments historiques depuis 1950, elle a fait tout récemment, en 2011, l'objet d'une très belle restauration intérieure : le parti architectural  étant de remettre à neuf les peintures murales du 19ème siècle.


Eglise Saint-Romain : la nef restaurée.

     Les fines sculptures des piliers du 16ème siècle sont bien mises en valeur.

Chapiteau gorgerin de la chapelle Nord

                 La  fontaine Saint-Romain,  à laquelle on accède en descendant une dizaine de marches, se trouve au bord du vieux chemin reliant l'église au village . Ce sentier passe au pied du promontoire où se dressait l'ancien château de Lastreilles, détruit à la Révolution et dont il ne reste que quelques murs de soutènement.

Fontaine Saint-Romain.

  Non loin du chemin, un groupe de maisons en ruine dont il ne subsiste plus que les murs  et l' ancien four à pain .





Sur les chemins, à l'Ouest
de Lastreilles


              Lastreilles est au croisement de deux chemins de randonnée :
             - le GR 36, qui relie Bourg-Madame à Ouistreham,  traverse le Fumélois de Bonaguil à Lacapelle-Biron : il est figuré en rouge sur la carte.
             - Le chemin de petite randonnée ( PR ) dénommé " Saint-Front , la vallée de la Lémance " monte de Saint-Front à Lastreilles pour redescendre vers la vallée ( en jaune sur la carte ). Son circuit complet est téléchargeable ici.
                

Cliquer pour agrandir la carte.

         Sont figurés en vert les chemins ruraux, bien dégagés pour la plupart, qui relient les hameaux , de Tillol à Peyrechiquié en passant par Péméja ou Le Bourdiel ; un des plus pittoresques étant celui joignant Badet à Rouby et qui,  passant par Pechabot,  domine la vallée de la Lémance.

Saint-Front vu de Pechabot.

       Les gariottes, nombreuses dans ce secteur ( seules les plus visibles sont mentionnées sur la carte ), sont les témoins souvent bicentenaires d'anciens modes d'exploitation du sol .
        La consultation, sur le site des Archives départementales, de la carte de Belleyme ( 18ème siècle ) montre en particulier l'abondance des vignes à cette époque aux environs immédiats de Lastreilles...

Gariotte à Rouby

    Parmi les arbres remarquables repérables au bord des chemins ruraux , citons :
             - Entre Badet et le Bourdiel, un Cormier ( Sorbus domestica ) dont le tronc approche les 3 mètres de circonférence.
             - un ensemble de châtaigniers très âgés ( le plus gros approchant les 5 m de tour ) dans une parcelle boisée au Sud de Pech de Laborie.

Vieux châtaignier près de Pech de Laborie.







vendredi 3 février 2012

Aux Tucs de Cuzorn, bruyères et chaos de grès...

   

      L'automobiliste qui, allant de  Fumel à Cuzorn par la D710, aborde la section à quatre voies à hauteur de Pombié, est loin de se douter qu'il passe à quelques mètres d'un des plus singuliers paysages naturels du Fumélois...
      Sur le talus Est de la route commence en effet la pente qui conduit au Tuc blanc, la plus occidentale de la dizaine de collines boisées qui, au Nord du ruisseau du Rieutort,  se succèdent sur quelques kilomètres jusqu' à la Tuque rouge et se terminent le long de la D440 ( route de Fumel à Lastreilles ).

Tombeaux rupestres au Tuc blanc.
 
     Au sommet du Tuc blanc, des tombeaux rupestres ( = creusés dans la roche ) surplombent la vallée de la Lémance  : ils datent vraisemblablement du haut Moyen-âge ( époque mérovingienne ) et sont nommés localement à tort " sarcophages " ...

        Le toponyme d'origine occitane " Tuc " désigne, en général, une colline  isolée et arrondie : l'ensemble des collines dominant le Rieutort répondent à cette définition ; elles sont presque toutes en forme de cônes presque réguliers, surmontés d'un entablement de grès de surface variable ( de quelques dizaines à plusieurs centaines de mètres carrés ) .
         Le grès sommital surplombe les versants par un escarpement qui peut prendre parfois l'aspect d'une corniche, ou même d'une petite falaise ( photo ci-dessous )

Corniche de grès entre Galinat et la Tuque rouge.

       La corniche  a pu parfois s'effondrer le long des versants sablo-argileux en pente douce : d'où la présence de véritables chaos de grès, le plus spectaculaire  étant situé entre Galinat et le Tuc blanc .

Chaos de grès entre Galinat et le Tuc blanc ( cote 172 ).


      Les origines variées des  sables ayant donné naissance aux  grès induisent des colorations différentes de ces derniers : la " Tuque rouge " mérite ainsi bien son nom.

Au sommet de la Tuque rouge.

     La genèse géologique de ce paysage : il s'agit d'un cas typique d'inversion de relief .
     A la fin de de l'ère tertiaire, des cimentations locales des sables sidérolithiques couvrant le secteur ont eu lieu, sans doute dans des zones déprimées analogues à des mares : ces indurations gréseuses, plus résistantes que les sables et argiles les entourant, ont par la suite été mises en relief par l'érosion de ces derniers.
     On retrouve un paysage de même origine géologique dans le département du Lot voisin (  grès des environs de Gourdon ) ;  un site analogue plus célèbre étant constitué en Ile-de-France par les chaos de grès de la forêt de Fontainebleau. 



     En ce qui concerne le milieu naturel,  la chênaie-châtaigneraie à fougère aigle implantée dans les vallons laisse la place, à mi-pente, sur des sols plus sablonneux, à la lande atlantique  à bruyères et ajoncs . Callune et bruyère cendrée y forment des tapis presque continus, sous un peuplement clair de pins maritimes ( spontanés ou en plantations )  . La bruyère à balai y apporte une note plus méridionale ( moins inféodée aux sols acides, on  la trouve également dans certains bois de chênes pubescents du Tournonnais )..  







A pied dans les collines des " Tucs "

     Le secteur est desservi par un maillage de chemins ruraux publics bien entretenus ( car servant à l'exploitation forestière ) figurés en vert sur la carte ; l'accès au Tuc blanc ou à la Tuque rouge est possible en empruntant des chemins d' exploitation privés, tout en respectant bien sûr  la propreté et la tranquillité de ces espaces boisés appartenant à des particuliers. 


Cliquer pour agrandir la carte


A remarquer :

     Le sentier de petite randonnée dénommé " Fumel-Borie ", balisé en jaune, suit sur une partie de son parcours ( de la Loubatière à Tuque rouge ) le vallon du Rieutort.
     Son circuit complet est téléchargeable sur le site de L'Office de Tourisme " Fumel - Vallée du Lot ".



Blechnum spicant au bord du Rieutort.

       Les bords du Rieutort ont le privilège d'abriter une fougère assez rare en Fumélois : la Blechne, ou Fougère pectinée  ( Blechnum spicant ). On la distingue facilement du Polypode ( très commun ) par sa fronde très allongée et rétrécie aux deux extrémités. Strictement calcifuge ( allergique au calcaire ), on ne la trouve chez nous qu'en bordure de ruisseaux circulant dans un substrat très acide, donc uniquement dans quelques vallons de petits affluents de la Lémance .

Polypode commun ( Polypodium interjectum )




En août, bruyères cendrées au sommet du Tuc blanc.