vendredi 3 février 2012

Aux Tucs de Cuzorn, bruyères et chaos de grès...

   

      L'automobiliste qui, allant de  Fumel à Cuzorn par la D710, aborde la section à quatre voies à hauteur de Pombié, est loin de se douter qu'il passe à quelques mètres d'un des plus singuliers paysages naturels du Fumélois...
      Sur le talus Est de la route commence en effet la pente qui conduit au Tuc blanc, la plus occidentale de la dizaine de collines boisées qui, au Nord du ruisseau du Rieutort,  se succèdent sur quelques kilomètres jusqu' à la Tuque rouge et se terminent le long de la D440 ( route de Fumel à Lastreilles ).

Tombeaux rupestres au Tuc blanc.
 
     Au sommet du Tuc blanc, des tombeaux rupestres ( = creusés dans la roche ) surplombent la vallée de la Lémance  : ils datent vraisemblablement du haut Moyen-âge ( époque mérovingienne ) et sont nommés localement à tort " sarcophages " ...

        Le toponyme d'origine occitane " Tuc " désigne, en général, une colline  isolée et arrondie : l'ensemble des collines dominant le Rieutort répondent à cette définition ; elles sont presque toutes en forme de cônes presque réguliers, surmontés d'un entablement de grès de surface variable ( de quelques dizaines à plusieurs centaines de mètres carrés ) .
         Le grès sommital surplombe les versants par un escarpement qui peut prendre parfois l'aspect d'une corniche, ou même d'une petite falaise ( photo ci-dessous )

Corniche de grès entre Galinat et la Tuque rouge.

       La corniche  a pu parfois s'effondrer le long des versants sablo-argileux en pente douce : d'où la présence de véritables chaos de grès, le plus spectaculaire  étant situé entre Galinat et le Tuc blanc .

Chaos de grès entre Galinat et le Tuc blanc ( cote 172 ).


      Les origines variées des  sables ayant donné naissance aux  grès induisent des colorations différentes de ces derniers : la " Tuque rouge " mérite ainsi bien son nom.

Au sommet de la Tuque rouge.

     La genèse géologique de ce paysage : il s'agit d'un cas typique d'inversion de relief .
     A la fin de de l'ère tertiaire, des cimentations locales des sables sidérolithiques couvrant le secteur ont eu lieu, sans doute dans des zones déprimées analogues à des mares : ces indurations gréseuses, plus résistantes que les sables et argiles les entourant, ont par la suite été mises en relief par l'érosion de ces derniers.
     On retrouve un paysage de même origine géologique dans le département du Lot voisin (  grès des environs de Gourdon ) ;  un site analogue plus célèbre étant constitué en Ile-de-France par les chaos de grès de la forêt de Fontainebleau. 



     En ce qui concerne le milieu naturel,  la chênaie-châtaigneraie à fougère aigle implantée dans les vallons laisse la place, à mi-pente, sur des sols plus sablonneux, à la lande atlantique  à bruyères et ajoncs . Callune et bruyère cendrée y forment des tapis presque continus, sous un peuplement clair de pins maritimes ( spontanés ou en plantations )  . La bruyère à balai y apporte une note plus méridionale ( moins inféodée aux sols acides, on  la trouve également dans certains bois de chênes pubescents du Tournonnais )..  







A pied dans les collines des " Tucs "

     Le secteur est desservi par un maillage de chemins ruraux publics bien entretenus ( car servant à l'exploitation forestière ) figurés en vert sur la carte ; l'accès au Tuc blanc ou à la Tuque rouge est possible en empruntant des chemins d' exploitation privés, tout en respectant bien sûr  la propreté et la tranquillité de ces espaces boisés appartenant à des particuliers. 


Cliquer pour agrandir la carte


A remarquer :

     Le sentier de petite randonnée dénommé " Fumel-Borie ", balisé en jaune, suit sur une partie de son parcours ( de la Loubatière à Tuque rouge ) le vallon du Rieutort.
     Son circuit complet est téléchargeable sur le site de L'Office de Tourisme " Fumel - Vallée du Lot ".



Blechnum spicant au bord du Rieutort.

       Les bords du Rieutort ont le privilège d'abriter une fougère assez rare en Fumélois : la Blechne, ou Fougère pectinée  ( Blechnum spicant ). On la distingue facilement du Polypode ( très commun ) par sa fronde très allongée et rétrécie aux deux extrémités. Strictement calcifuge ( allergique au calcaire ), on ne la trouve chez nous qu'en bordure de ruisseaux circulant dans un substrat très acide, donc uniquement dans quelques vallons de petits affluents de la Lémance .

Polypode commun ( Polypodium interjectum )




En août, bruyères cendrées au sommet du Tuc blanc.



1 commentaire:

  1. Merci Daniel pour tous ces partages. Magnifique

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