mercredi 21 mars 2012

Orgueil, des pierres et des sources...





      Entre le bourg de Mauroux et le Lot, l'Eglise de Cabanac  ne peut qu'attirer l'attention du promeneur, tant elle est isolée sur le plateau calcaire,  au milieu des vignes et des prés .  




     Construite au 12ème siècle, elle en conserve en particulier l'abside romane, recouverte de lauzes ;  un haut clocher gothique fut ajouté  à la fin du 13ème ou au début du 14ème siècle.  Aux 15ème et 16ème siècles deux chapelles latérales et une tour d'escalier en vis complétèrent l'édifice.

  Eglise de Cabanac , vue du sud 

      Le clocher est muni de larges baies à remplages décorés de quadrilobes taillés dans la pierre. Il est inscrit au titre des monuments historiques depuis 1989. 
 
 

Eglise de Cabanac : détail du clocher.

      L'isolement de l'église se comprend mieux quand on sait qu'elle fut probablement l'église paroissiale de l'ancienne " ville " d'Orgueil, dont les vestiges subsistent à 800 mètres plus au Nord, non loin du Lot.
      
     Bourg dominé par un château et s'étageant sur les versants d'un promontoire avançant vers la rivière, Orgueil fut fidèle au roi d'Angleterre, pendant la guerre de Cent ans, et pour cette raison fut entièrement détruit aux alentours de l'année 1380...Les habitants trouvèrent refuge dans les villages voisins, et Orgueil ne fut jamais reconstruit.

Le promontoire d'Orgueil vu de la rive droite du Lot


    A l'initiative de Daniel Klodzinski, professeur d'histoire et géographie, des fouilles archéologiques du site furent menées de 1982 à 1986, et mirent au jour des vestiges de la vie quotidienne des habitants d 'Orgueil ( ustensiles, poteries ) qui montrèrent toute l'importance qu'avait le bourg médiéval.
    Le site est protégé : il a été inscrit au titre des monuments historiques en 1993. 



Orgueil : reste d'un mur du château

      Près de trente années sont passées, Orgueil est à nouveau recouvert par la végétation, et il faut se frayer un chemin dans les ronces et les cornouillers pour accéder à ce qui reste des vieux murs de l'ancien château...
      
      A environ deux cents mètres en aval du promontoire , les restes d'une construction émergent du Lot : c'est ce qui subsiste de l'ancien moulin du bourg d'Orgueil.

Vestige du moulin médiéval d'Orgueil



        Au pied du promontoire, au fond d'un vallon boisé, la source d'Orgueil était sans doute autrefois le lieu d'approvisionnement en eau du village. C'est une " source bleue ", à l'instar de ses voisines de Touzac et de Soturac, c'est-à-dire que l'eau, issue des profondeurs du réseau karstique du causse et peu chargée en matière organique  acquiert à sa sortie à l'air libre, par une réaction physico-chimique, une couleur bleu-vert caractéristique .




La " source bleue " d'Orgueil


       Alors que la source de Lenclio, 1 km en aval, a été captée et alimente en eau potable une partie de l'agglomération fuméloise, celle de Bouyssac, en amont, jaillit librement du bas du coteau pour se jeter dans le Lot. Son débit peut atteindre jusqu'à 5 m3 par seconde et son cours souterrain a été exploré sur près de 240 mètres par les plongeurs spéléologues agenais.
        Les techniciens du BRGM ont par ailleurs montré, à l'aide de traçages à la fluorescéïne, qu'une partie des eaux de cette source provient de la "perte" du ruisseau de la Riviérette, sur la commune de Masquières, 8 km plus au Sud.
        Les nombreuses sources de ce versant de la vallée témoignent donc de la présence d'un important réseau karstique d'eaux souterraines, dans les profondeurs des plateaux calcaires des communes de Mauroux, Thézac et Masquières.

Source de Bouyssac


Promenade autour
d'Orgueil

           L'itinéraire proposé ci-dessous ( en vert ) permet, après s'être garé près de l'église de Cabanac, d'approcher le site d'Orgueil et de longer le Lot  jusqu'à Lenclio.
           Par ailleurs, pas moins d'une dizaine de circuits de randonnées pédestres un peu plus longs, très bien balisés, couvrent le secteur et sont téléchargeables sur le site de l'Office de Tourisme de Mauroux.  

Cliquer pour agrandir la carte

    On peut remarquer, dissimulée dans le bois sur le versant Est du promontoire d'Orgueil, une gariotte de construction assez grossière, probablement bâtie avec des pierres provenant des ruines de l'ancien bourg.



Gariotte à Orgueil

        Peu d'arbres remarquables sur les pentes calcaires sèches où la végétation arborée se réduit le plus souvent au sous-bois clair de chênes pubescents, mais dans la vallée fertile, quelques vieux châtaigniers,  sans doute survivants d'anciennes plantations, ont été préservés. 

         Celui situé à la Croix Blanchedont la circonférence du tronc dépasse les 6.20 mètres, doit être âgé de plus de 250 ans.

Châtaignier de la Croix blanche

     Un peu plus jeune, le grand châtaignier de Castanié-Marroux profile sa silhouette harmonieuse au milieu des cultures de la vallée.


Juin
 
Octobre
 
Janvier

jeudi 8 mars 2012

Lustrac, d'une rive à l'autre...


       A l'extrémité de la plaine alluviale de Trentels, en bordure du Lot, l'ensemble composé du château et de l'ancien moulin de Lustrac fait face à la rive gauche, abrupte et rocheuse. Le site est protégé : il a été inscrit à l'inventaire par arrêté du 14 mai 1982.



Lustrac vu de la rive gauche du Lot



           Le château a été construit au 14ème siècle pour défendre le moulin et un passage à gué : la plus ancienne des quatre tours carrées ( la seule sans toit ) qui entourent la cour, daterait de cette époque. Profondément remanié aux 16ème et 17ème siècles, le château, acheté par un maire d'Agen ( Joseph Maynot ) en 1891 vit l'installation d'une scierie dans sa cour en 1914.. A la fin du 20ème siècle, il fut restauré par ses nouveaux propriétaires, et inscrit à l'inventaire des Monuments historiques en 1988 .

 


Château et moulin, vue d'ensemble 

        

       Aussi ancien que le château, le moulin a été reconstruit au début du 16ème siècle ; on y a moulu le grain jusqu'en 1930, date à laquelle il fut transformé en centrale hydroélectrique, désaffectée en 1968. Restauré et transformé en habitation en 1973, il fut surmonté alors d'un toit et d'un habillage de colombages ; comme le château il bénéficie d'une protection au titre des monuments historiques depuis 1988.


                          Moulin de Lustrac vu de l'aval                        


Promenade de Lustrac
à Moudoulens


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      Cet itinéraire pédestre, d'environ 6,5 km aller et retour, tracé en orange sur la carte, propose de passer d'une rive à l'autre du Lot en empruntant le pont ferroviaire de Boyer.         


Pont de Boyer


        Ce pont, construit en 1863,  date d'ouverture de la ligne de chemin de fer Agen-Périgueux, avait été été conçu pour accueillir deux voies ferrées ; une seule ayant été implantée,  l'espace restant a sans doute été utilisé dès le début du 20ème siècle par les piétons et cyclistes pour se rendre d'une rive à l'autre. Ce sentier a été par la suite sécurisé par la pose d'un grillage ; c'est, à notre connaissance, le seul exemple en région Aquitaine d'une piste cyclable  existant sur l'emprise d'une voie ferrée en service .
         On remarquera par ailleurs l'esthétique des garde-corps en fonte. Ils datent de la création du pont , et d'après Serge Fresquet , président du Codeliapp et auteur d'une histoire du chemin de fer en Fumélois, " les dessins en étaient tracés par les bureaux d'études de la Compagnie Paris-Orléans ; ensuite des marchés étaient passés avec les industries...".


 
   
Pont de Boyer : détail des garde-corps.




           Dominant la rive gauche du Lot, la petite église romane Sainte-Quitterie de  Moudoulens, dénommée autrefois " chapelle des Bateliers ", date du 12ème siècle ; munie de meurtrières elle était un point de guet pendant la guerre de Cent ans. Le site ( chapelle, cimetière et abords ) est inscrit à l'inventaire depuis 1944.


Eglise Sainte-Quitterie

            On reste stupéfait en découvrant la décoration intérieure de cet édifice à l'extérieur si austère ; en 1952, sur commande de l'abbé Rossignol, le peintre Léopold Lecomte y a couvert les murs d'étonnantes  peintures  " à la détrempe ", de grandes dimensions, souvent librement inspirées de tableaux classiques ( à voir entre autres  la " Transfiguration ", d'après une oeuvre célèbre du peintre Raphaël ).
 

  
Eglise Sainte-Quitterie : Quelques peintures murales.


      Du côté des arbres remarquables, outre les trois vieux cyprès du cimetière de Moudoulens, on peut admirer, sur le plateau à proximité de Pommarède, deux beaux chênes-lièges ( Quercus suber ) isolés dans un champ cultivé. Cette espèce, qui fuit les terrains calcaires, est très rarement plantée dans la vallée du Lot.


Chêne-liège près de Pommarède 

 
 
Lustrac vu de la rivière